Il y a 15 ans, 35 femmes devenaient les pionnières de l’abandon de l’excision au Sénégal
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Le 31 juillet 1997, le village de Malicounda Bambara, 1 555 habitants, est propulsé sur le devant de la scène internationale. 35 femmes font connaître à une vingtaine de journalistes une décision historique : leur volonté d’abandonner, en accord avec leur communauté, la pratique de l’excision. Pour la première fois, des femmes expriment publiquement leur volonté de renoncer définitivement à une pratique millénaire.


Malicounda_Bambara_1997_First_Public_Declaration
Première déclaration publique - Malicounda Bambara - 1997 ©Unicef

 

« Les femmes de Malicounda Bambara ont changé leur comportement. Elles ont changé l’histoire. Elles y ont réussi peut-être parce que l’approche de Tostan donne la priorité à l’éducation, aux droits humains. C’est l’approche qui parle beaucoup plus de droits humains, de droits des femmes au lieu de parler des conséquences de l’excision sur la santé ou de la législation ».
Esther Guluma, ancienne Directrice Régionale de l’UNICEF en Afrique de l’Ouest

Le village de Malicounda a été fondé au début du 20e siècle par des agriculteurs bambaras originaires du Mali en quête de terres arables. Ils s’installent à 85 kilomètres de Dakar et y développent des activités tournées vers l’agriculture. Au milieu des années 90, le village reçoit un programme novateur d’éducation pour adultes, en langue bambara : le programme de renforcement des capacités de Tostan. L’apprentissage de modules sur les droits humains et la santé transforme la vie des participantes. Pour la première fois, elles identifient l’excision comme une violation de leur droit et de celui de leurs filles à être protégées contre toute forme de violence, et comme une pratique néfaste à leur santé. La prise de conscience dépasse le simple cadre de la classe grâce à des discussions organisées au sein du village. La norme est en train de changer. Un solide consensus communautaire en faveur de l’abandon permet à ces femmes de faire évoluer une convention sociale, tout en préservant l’unité et l’équilibre dans leur village.

Cette décision n’a pas seulement été une grande preuve de courage. Elle a aussi été à l’origine d’un dialogue au niveau national.

Entre 1997 et 1998, 30 villages suivent l’exemple des femmes de Malicounda au cours de trois Déclarations Publiques pour l’abandon de l’excision, témoignant du mouvement qui commence à naître dans le pays. Le Président de la République du Sénégal, Abdou Diouf, leur apporte son soutien pendant que les députés rencontrent des représentants des communautés mandingues, peules et bambaras. Le 13 janvier 1999, l’Assemblée nationale vote une loi pénalisant l’excision au Sénégal.

15 ans plus tard, plus de 5 000 communautés du Sénégal ont participé à des Déclarations Publiques pour l’abandon de l’excision et l’approche de Tostan a été intégrée dans le Plan d’action national 2010-2015 pour l’abandon de la pratique.

Alors que Tostan célèbre ce quinzième anniversaire, l’une des pionnières du mouvement pour la protection des femmes et des filles au Sénégal vient de nous quitter. Maïmouna Traoré était Coordinatrice du Comité de Gestion Communautaire de Malicounda Bambara et Présidente du Comité Consultatif des Femmes du village. Maïmouna était à la tête du groupe de femmes à l’origine de la décision collective d’abandon de la pratique de l’excision à Malicounda. En dépit des nombreuses difficultés et critiques qui ont suivi cette annonce, Maïmouna n’a jamais fléchi. Bien au contraire, elle affirmait :

« Aujourd'hui nous sommes encore plus en harmonie avec nos traditions et notre culture. Nous sommes, plus que jamais, des Bambaras. Nous avons renforcé nos traditions positives et abandonné celles qui sont néfastes à notre bien-être. Nous avons changé parce que nous sommes désormais plus responsables et solidaires, fiers de ce qui nous unit.»

Nous espérons que le courage et la détermination de Maïmouna continueront d'inspirer des millions de femmes à travers le Sénégal, l'Afrique et le monde entier.

 

Pour en savoir plus sur l’impact du programme de Tostan sur l’abandon de l’excision

Pour en savoir plus sur les recommandations internationales pour l’abandon de l'excision

 

Découvrez les portraits d’autres figures emblématiques du mouvement de l’abandon de l’excision en Afrique :

Oureye_Sall
Oureye Sall, Sénégal
Fatouma_Mohamed_Dabale
Fatouma Mohamed Dabale
Maimouna_Traore
Maïmouna Traoré et Molly Melching, directrice de Tostan
DP_Somalie_2009
Malko Jama de Qoradheer en Somalie