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Depuis quatre ans, Tostan France établit des liens entre les villages recevant le programme de Tostan en Afrique et leurs ressortissants installés en Europe. Ce travail aux côtés de la Diaspora a été intégré au projet Paix et Sécurité en Afrique de l’Ouest, lancé par Tostan au Sénégal en avril dernier.
En 2009, Tostan France avait accueilli pendant trois semaines Bacary Tamba, ancien député originaire de Casamance, coordinateur de projets de Tostan en Gambie et au sud du Sénégal. Celui qui a permis de lancer le programme de Tostan en Casamance au moment où les autres organisations quittaient la région à cause de la rébellion est devenu un vrai leader du mouvement de protection des droits humains. Il a notamment prêté sa voix au film de prévention sur l’excision l’Appel de Diégoune, dans lequel des acteurs du mouvement pour l’abandon de l’excision témoignent de leur décision d’abandonner la pratique. Au mois d’avril 2012, Tostan France a accompagné Bacary dans sa rencontre des communautés subsahariennes installées en Espagne et en Italie pour parler de droits humains, de paix et de pratiques traditionnelles néfastes.
Pour la troisième fois depuis 2008, Bacary Tamba s’est rendu dans la région de Trévise, où vivent quelques centaines de Diolas et de Mandingues, originaires de Casamance.
Installés depuis une quinzaine d’années dans le nord de l’Italie, ces Sénégalais du sud gardent des liens forts avec leur région d’origine. En 2008 puis en 2009, Bacary est venu leur parler du travail que mène Tostan en Casamance, de l’éducation en diola et en mandingue dans les villages, mais aussi de l’évolution des traditions. Les liens se sont noués, la confiance a peu à peu été gagnée, si bien qu’il y a deux ans, les casamançais de la région de Trévise découvraient le film l’Appel de Diégoune, tourné dans une communauté que beaucoup connaissent bien pour y avoir grandi ou gardé de la famille proche. Abandonner l’excision devenait possible. Celles et ceux qui ont assisté à la projection ont beaucoup discuté après le départ de Bacary. Le tabou était levé. Le 1er avril 2012, une rencontre a été organisée dans la ville de Conegliano, en collaboration avec Diamoral, association de solidarité des Diolas installés dans la zone, et de la Fédération des Associations Casamançaises à l’Etranger (FACE). Dans la salle, les affiches représentant les 19 droits humains abordés dans le programme de Tostan sont alignées le long de la scène. Bacary les détaille, l’un après l’autre, en diola. Des rires fusent quand Bacary aborde avec humour les progrès dans l’émancipation des femmes en Casamance. Il n’oublie pas la question de l’excision, tout en parlant des enjeux de l’intégration et du droit de la famille en Italie. Quand Bacary se retourne vers la salle pour avoir des réactions, l’une des femmes se lève pour dénoncer les inégalités entre femmes et hommes dans les familles. Les droits humains font écho jusqu’en Italie.
Aujourd’hui, les diolas d’Italie semblent prêts à organiser la première déclaration publique de la diaspora pour l’abandon de l’excision…
Après le nord de l’Italie, nous avons sillonné le nord de l’Espagne, en parcourant la longue route qui relie Barcelone à Girone en Catalogne.
Avec l’aide de l’association de femmes Associació de Dones Immigrants Subsaharianes (ADIS), près de 70 personnes issues de la migration subsaharienne ont pu échanger sur la question des droits humains en général et de l’excision en particulier. De nombreuses nationalités étaient représentées : Mauritaniens, Sénégalais, Gambiens, Maliens … obligeant les discussions à se tenir dans 2 à 3 langues africaines différentes en plus du Castillan et du Catalan. Beaucoup s’interrogeaient sur la réalité de l’abandon de la pratique sur le terrain et nous avons pu déceler un certain manque d’information sur les lois en vigueur dans leur pays d’origine concernant la protection du droit des femmes. Un grand travail de sensibilisation reste à faire, une femme peule résidant à Mataron s’est ainsi virulemment exprimée en faveur de la pratique, bien que n’ayant que des garçons, pour des raisons de perpétuation de l’identité ethnique. Un Imam d’une petite ville dans laquelle nous devions rencontrer des migrants gambiens s’est également opposé à ce que la rencontre ait lieu. Mais certains éléments étaient encourageants, comme la volonté des médiatrices culturelles de participer dans le futur à des activités de sensibilisation aux droits humains ou la conviction exprimée par certains hommes sénégalais pour l’abandon de la pratique de l’excision. En parallèle, un travail de formation et d’échange avec une soixantaine de professionnels des services de l’immigration, de la médiation culturelle et du monde social a été mené autour de l’excision. Les acteurs catalans sont mobilisés sur la question de l’excision autour d’une procédure qu’ils appellent le Protocole mais nous avons pu leur apporter des informations complémentaires sur les pratiques des autres pays européens et sur le mécanisme social d’abandon tel qu’identifié par Tostan en Afrique.
Mi-avril, Bacary est reparti en Casamance, où devait avoir lieu le lancement du grand projet Paix et Sécurité en Afrique de l’Ouest de Tostan, dans lequel il est aussi impliqué localement.
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